D'habitude, on ouvre la chronique d'une émission en brossant brièvement son sujet. Si on ne le faisait pas cette fois, il serait de toute façon difficile d'échapper à l'introduction de la productrice-coordinatrice de Par ouï dire. Et pourtant, on aimerait ne rien dévoiler et d'abord souligner le soin avec lequel l'auteur nous fait entrer dans ce Printemps oublié. Activés par une horloge numérique, des instantanés sonores de la même journée à différentes heures se succèdent. Ce sont des fonds d'air, des ambiances sans événement notable : tout est normal, “un jour comme un autre”. Puis des voix chinoises situent les lieux, la date, et rappellent les faits : 20 ans après, un anniversaire non célébré. Enfin, quatre étudiants, la vingtaine, décrivent une photo qu'on leur montre. C'est un cliché que tout le monde connaît, pas eux...
Ça y est, on est dedans, mais on n'y est pas allé : c'est la Chine qui est venue. Et cela grâce à un dispositif narratif peu commun laissant la place aux voix chinoises par lesquelles nous serons principalement guidés. L'une d'entre elles a le rôle, bref et précis, des cartons des films muets. Entre autres choses, elle ponctue les séquences par des sous-titres quasi allégoriques : “la mémoire”, “le trou de mémoire”... Une autre se fait le porte-parole de slogans, de souvenirs, de poèmes. Une seule voix, masculine, est l'interprète de tous les témoins rencontrés. Cette voix qui résonne dans les espaces réels, avec parfois des hésitations, révèle que la traduction s'effectuait en direct pendant les entretiens. Le procédé, qui peut dérouter dans un premier temps, s'avère fructueux pour assurer une impression d'authenticité. La seule voix non chinoise, celle de l'auteur du reportage, n'intervient que pour présenter les interlocuteurs. Face à un sujet tabou et douloureux, le dispositif documentaire tout entier est ici en sympathie avec ses personnages, quelle que soit l'opinion qu'ils expriment.
Un printemps oublié est un “reportage”, selon les mots choisis par l'auteur. Le reportage n'est habituellement pas la forme de radio la plus élaborée. Par abus de langage, il se distingue souvent du documentaire sur des critères hiérarchiques (moins de temps d'immersion, moins de qualité sonore, moins d'implication de l'auteur). Mais celui-ci est au contraire l'exemple de ce que pourrait être la radio de tous les jours si elle avait conscience de ses potentialités de média sonore.
Un printemps oublié
Reportage : Olivier Meys
Assistanat, traduction, montage : He Ji
Mixage : Irvic D'Olivier
Par ouï dire du 14 décembre 2009
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