syntone ACTUALITÉ ET CRITIQUE DE L'ART RADIOPHONIQUE

 

Déjà neuf ans de Radiophonies à Paris et un double tournant. Cette année, le “festival de l'art et du théâtre radiophoniques” s'installe définitivement à la Maison de la Poésie et emprunte son directeur comme nouveau responsable artistique. Pas surprenant. Écrivain d'une part, réalisateur pour la radio d'autre part ~ il a réalisé la seule expérience de fiction en 5.1 : Maître-Maîtresse de ma passion, les Sonnets de Shakespeare d'après Pierre Jean Jouve, avec Guy Senaux au son ~ Claude Guerre connaît parfaitement les deux positions-clé de la fiction radiophonique. Mais, si cette neuvième édition revêt une apparence moins amateure avec une programmation resserrée autour de valeurs sûres (France Culture, Arte Radio...), comment l'événement se réinvente-t-il ? Entretien avec Claude Guerre, à quelques jours de l'ouverture.

Qu'est-ce qui vous intéresse à la radio, que vous ne rencontrez pas dans vos autres activités artistiques ?

La radio est un art. C’est ce que nous sommes quelques-uns à défendre. L’humanité a saisi le geste que lui proposa la technique (elle n’en a pas proposé beaucoup d’autres, cette technique coupable, sacrément coupable, relisez Günther Anders) qui inventa dans le siècle dernier de reproduire le son en le mémorisant. Sacré événement ! On avait réveillé Faust. Mais ce qui fut bien pire, c’est que l’on inventa ensuite de transmettre le son. De cette manière, on venait d’ouvrir le champ à deux expressions. Ou plutôt à une expression qui par la grâce de sa relation sensuelle à l’oreille seule éveilla l’image et le film sonore qui invente, le mot n’est pas trop fort, la suggestion imaginaire avec participation de l’écoutant, en bref, l’art radiophonique. Et en même temps, on venait d’ouvrir à une pratique politique inédite, la transmission par les airs en direction de chaque maison de la nation qui permit le geste démocratique du service public. Comment ne pas céder à ces deux sirènes et à cet art si proche ? J’y étais préparé, mais j’ai tant affiné mon oreille et ce qui va avec dans ma pensée et dans mon expression que cet art radiophonique m’est indispensable. Mais bon, j’en ai fait, de la radio, j’en ai fait !

Sur le programme, on lit alternativement “théâtre radiophonique”, “fiction radiophonique”, “art radiophonique”, vous parlez aussi du lien entre poésie et radio... Quelle est votre propre définition du genre ?

Les poètes se sont jetés sur la radio. Desnos a une œuvre radiophonique importante (et disparue). Rien d’étonnant, la radio est évidemment saisie par les plus impressionnables d’entre les humains, les plus pauvres, ceux qui pratiquent l’art le plus apparemment inutile et qui vivent dans le silence et la discrétion, à savoir : les poètes. Sans blague, Pierre Schaeffer, Paul Gilson, Georges-Emmanuel Clancier, Jean Tardieu, François Billetdoux, Frédéric-Jacques Temple, Jean Sénac, Jean Amrouche, André Velter ont travaillé à la radio. Et j’en oublie, et j’en oublie.

Théâtre radiophonique, fiction, peu importe. C’est une affaire de vocable qui change avec les années. La question, hélas, est qu’il faut renouveler l’appellation parce que la propagande s’acharne à dénigrer les émissions de radiophonie qui ne sont pas du journalisme, de la tchatche des différents poseurs de ce temps, du mange-disque, de la publicité déguisée ou de la propagande, justement. Dès qu’il y a du temps, de la finesse, du son large et ample, de la beauté dans les voix, de la pensée, du texte digne de ce nom, du travail de montage, de l’imagination dans les mix, nous voici entrés dans un territoire où il se passe quelque chose de magique qui n’appartient qu’à la radio. Cela s’appelle comme ceci ou comme cela. En poésie aussi, il y a des chapelles, des écoles, des genres, des courants. Mais vous êtes en poésie ou pas. Cela ne se discute pas plus qu’en chimie. L’événement a lieu ou il n’a pas lieu.

2008-04 Dr. Syn Foley Record Session Novastar Post by Matt Hovland on flickr

2008-04 Dr. Syn Foley Record Session Novastar Post by Matt Hovland on flickr

Dans un entretien à Syntone en septembre 2009, votre prédécesseure Françoise Gerbaulet regrettait la disparition progressive de la fiction africaine. Les Radiophonies aujourd'hui souhaitent-elles toujours embrasser le paysage francophone dans son ensemble ?

Oui, nous désirons rencontrer des expressions créatrices qui viennent des quatre coins de la planète. Il fut un temps où l’on parlait français à Vientiane, en Roumanie, en Algérie, au Québec et en Amérique, au Portugal et dans toute l’Afrique. Une radio pouvait venir de chacun de ces lieux de vie et de langue. Donc, oui. Mais le mot francophonie est agité comme une défense d’intérêt par ceux, précisément, qui ferment les centres culturels français dans le monde. Alors...

Alors... tandis que la programmation se resserre géographiquement sur la France et la Belgique, elle s'ouvre aux autres genres que la fiction et notamment au documentaire, à travers un “focus” sur ce genre hybride qu'est le docufiction. Pourquoi ?

Non, le genre n’est pas hybride, il est. La fiction n’est pas une sainteté. Personne ne peut croire détenir la bonne règle. Texte, image sonore, musique, improvisation dans tous les domaines, partition, découpage, emprunt, citation, tout est possible. Au cinéma, les règles ont été plusieurs fois en un seul siècle explosées. La radio peut tout contenir, tout exprimer. Qui plus est, prétendre que le docu-fiction arrive aujourd’hui est une preuve d’ignorance. Écoutez les émissions de Pierre Schaeffer !

En conclusion, quelle est la spécificité des Radiophonies par rapport aux autres festivals du genre, par exemple le très fréquenté et néanmoins (légèrement) plus jeune Longueur d'ondes de Brest ?

Je cite Guevara : un festival de radio... deux, trois festivals de radiophonie ! Pardon pour la blague (à moitié). Nous reparlerons de cela l’année prochaine. Les Radiophonies sont en mutation. J’en suis le responsable artistique. Il va bouger encore, se définir mieux avec le temps. Nous cherchons. Il restera centré sur la fiction, ou sur les histoires, ou sur le texte, entendez-le comme vous voudrez. Mais il va agrandir son champ, c’est certain. Tout est affaire de souffle, ou de volonté, ou de foi, ou de... poésie. Parce que c’est au centre que tout se décide. La radiophonie est un art neuf. À peine quelques dizaines d’années. Un festival qui la sert (parce qu’un festival fait partie du dispositif général, il accompagne, il commente, il mesure, il compare. J’aimerai aussi qu’il sache citer le passé, faire mémoire) doit être en phase. Il doit être persuadé de cela : la radio n’est pas du passé, elle est l’avenir. On n’a rien vu. On a mis des images dessus dans les années soixante-dix et on a produit un monstre dont on va avoir du mal à se défaire. Le festival des Radiophonies est unique.

~

Les Radiophonies #9 : 24, 25 et 26 septembre 2010, à la Maison de la Poésie, Paris 3e. Président du jury : Daniel Deshays. Invités : Mehdi Ahoudig, Mariannick Bellot, Christophe Deleu, Silvain Gire, Jean Lebrun, Mathieu Bertholet, François Christophe, Marguerite Gateau, Jean Larriaga, Blandine Masson... Programme à télécharger en bas de cette page.

Etienne Noiseau

Samedi 18 septembre 2010 6 18 /09 /Sep /2010 14:49
- Publié dans : Entretiens - Communauté : Radio
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Commentaires

C'était la première fois que j'assistais à ce festival consacré à la création radiophonique et ce fut un vrai plaisir d'écoute. Les conditions matérielles de celles-ci étaient par ailleurs plutôt confortables, la sonorisation de la salle  faite avec soin et l'idée de mettre à disposition des casques d'écoute sans fil une vraie bonne idée puisqu'elle permettait même de circuler dans le bar ou l'entrée, voire dans le passage Molière sans perdre le fil....

Il faut  aussi souligner l'investissement de la petite équipe associative qui a oeuvré sans relâche (j'aime bien les expressions toutes faites, pardon) pour réussir à donner un véritable accueil chaleureux à tous lors de ce week-end d'écoute .Pour une fois que le public lambda (moi + d'autres) est traité avec le même intérêt que la profession c'est à souligner!

L'autre bonne idée était d'avoir convié Phonurgia Nova à proposer ses productions textuelles ou sonores dont la qualité et l'originalité ne sont vraiment plus à démontrer (oui oui je sais on lit ça à propos de tout et de rien mais là je le pense vraiment).

La présence de tous (enfin presque tous, je me comprends, suivez mon regard vers LA chaise vide là...oui celle-là), eh bien disais-je la présence de tous les créateurs, réalisateurs, auteurs, producteurs était un beau moment.

Merci à eux d'avoir partagé tant de choses sur cet objet pas clairement identifié qu'est la création radiophonique.

Bon maintenant l'autre étape c'est Brest et "Longueurs d'ondes" youpeeeee  

Commentaire n°1 posté par Jacques Depierreux le 27/09/2010 à 14h06

Bonjour Jacques, et merci pour ce compte-rendu qui fait honneur aux Radiophonies.

Excusez-moi, mais je ne vois pas à qui vous faites allusion en parlant de chaise vide. Pouvez-vous être plus explicite ?

Réponse de Syntone le 27/09/2010 à 14h43

Je complète donc bien volontiers mon propos concernant cette chaise vide laquelle était inoccupée par Jean Lebrun dont l'absence à été fort remarquée.

Compte-tenu de son rôle moteur au sein de France-Culture en matière de création radiophonique et de sa diffusion (Sur les Docks), sa présence (annoncée au programme) me semblait non seulement naturelle mais indispensable.Sans désigner nommément qui ce soit, je sais que mon avis est partagé par nombre de personnes présentes à ce festival.

Commentaire n°2 posté par Jacques Depierreux le 27/09/2010 à 15h31

Ah. Dommage, en effet. Mais quel est votre avis ? Que signifie cette absence selon vous ?

Réponse de Syntone le 27/09/2010 à 15h34

Malheureusement je suis dans l'incapacité de répondre à cette nouvelle question.Je ne suis pas du sérail et ne donne ici que le ressenti d'un auditeur lambda.J'imagine en revanche que ces raisons pourraient être exposées le plus simplement du monde par l'intéressé lui-même.Ou à défaut par une voix autorisée à exprimer un avis ce qui à l'évidence n'est pas mon cas.

A qui la patate chaude?

Commentaire n°3 posté par Jacques Depierreux le 27/09/2010 à 16h04

Oh ben mince, alors ! Du suspense et au final, rien.

Frustrant.

Réponse de Syntone le 27/09/2010 à 16h09

Mais non pas "rien" puisque je propose d'ouvrir ces colonnes à Jean Lebrun. Pourquoi Syntone n'irait-il pas à la pêche aux renseignements auprès de l'intéressé? C'est un travail qui est vraisemblablement plus à votre mesure et dans vos moyens j'en suis persuadé.Allons courage.... 

Commentaire n°4 posté par Jacques Depierreux le 27/09/2010 à 16h18

Ce serait délicat, puisque je n'ai pas constaté moi-même le “problème” dont vous faites état. Si c'est seulement une question d'avoir son adresse mail, je peux vous la donner

Réponse de Syntone le 27/09/2010 à 17h03

Ma maman a rangé mon beau costume de Zorro tout en haut de l'armoire alors je ne peux pas le prendre  et de plus ma Mie m'a strictement interdit de provoquer les plus grands que moi donc.........

Commentaire n°5 posté par Jacques Depierreux le 27/09/2010 à 19h30

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