La question était déjà dans l'air le 26 novembre 2010, première journée des Territoires du documentaire sonore organisée par ADDOR. Elle était de nouveau sous la plume d'Hervé Marchon, membre de l'association et journaliste à LibéLabo, dans le dossier qu'il y consacra en avril dernier [cf. notre billet à ce sujet]. En fait, c'est LA question qui taraude tous les audio-documentaristes un jour ou l'autre ou tous les jours : peut-on en vivre ? comment en vivre ?
Hervé Marchon, et l'auteure et documentariste Mariannick Bellot qui prépare un vade mecum sur le sujet, coordonnent pour ADDOR une nouvelle journée de rencontres le 14 octobre prochain autour de l'économie du documentaire. Il y a bien sûr la question des financements ~ en avoir ou pas ~ mais aussi la façon dont les conditions de travail influent sur la forme du documentaire et sur la durabilité d'une certaine idée de la qualité radiophonique au regard de la précarité des travailleurs.
“Quelle serait une économie utopique du documentaire ?” se questionne ADDOR. “Le documentaire repose sur ce qui n’est pas chiffrable : la naissance d’une idée, la possibilité d’une rencontre, le temps perdu, et sa recherche… Le biais de l’économie permet de mettre différemment en lumière ce qui reste souterrain : comment organise-t-on l’inattendu, l’intime ?”
De nombreux intervenants discuteront avec le public toute la journée du 14 octobre 2011, au Centre Pierre-Sabbagh de l'INA, 83, rue de Patay, Paris 13ème. Entrée libre et gratuite. Programme en ligne.
(cc) Territoires du documentaire sonore, par Lénon. [image originale]
Ainsi, tandis que pour certains, 2011 est l'anniversaire des “radios libres”, d'autres célèbrent tout en nuance “30 ans de libération de la FM”. Et oui, n'est-ce pas ça le plus important : que la bande FM ait pu être un marché comme un autre ? Plus libérale que libertaire, la fin du monopole de la radiodiffusion en France a pleinement profité aux entreprises privées commerciales. C'est le symbole d'une gauche au pouvoir qui dès le début s'arrange avec ses idéaux. Tout au long de 2011 et particulièrement le 20 octobre prochain au salon Le RADIO, les “acteurs, produits ou sociétés ayant marqué de manière significative le média Radio ces 30 dernières années” se décernent des prix en costume et champagne.
Penser l'après-1981 en 2011, nous nous y essaierons bientôt sur Syntone, avec pour ce faire un détour obligé hors de France.
Les Radiophonies, le rendez-vous parisien dédié à la dramatique radio, fête sa dixième édition ce week-end. Au programme : un nouveau lieu, une nouvelle équipe opérant en collectif et le retour de fictions africaines et québécoises aux côtés des productions françaises et belges. Comme toujours, la part belle est donnée à France Culture et France Inter, mais on retrouvera également les éternelles outsiders Arte Radio (Station 11 de Bruno Lemoine) et Radio Grenouille (Le Programme de Tony Regnauld), de même qu'une sélection de travaux d'étudiants. La jeune création s'écoutera au regard d'une pièce patrimoniale de 1946, Pluie, réalisée par Jacques Regnier sur un texte de Somerset Maugham, interprétée par Édith Piaf [Ne pas se fier à l'image choisie par l'INA] :
Les nombreuses séances d'écoute seront ponctuées par des rencontres-débats et un atelier avec le bruiteur de France Culture Bertrand Amiel.
Les Radiophonies, 23, 24 et 25 septembre 2011. Auditorium de la galerie Colbert, Institut National de l'Histoire de l'Art, 2 rue Vivienne, Paris 2ème. Entrée libre et gratuite.
Cela fait un moment (10-15 ans !) qu'on présente la radio devant un changement majeur. Dominée et parfois assujettie à la télé, la voici (dit-on) défiée par internet, face au tournant multimédia. Dans la bulle professionnelle certains paniquent, d'autres veulent “filmer la radio” et personne ne sait vraiment où tout cela va.
La numérisation et l'internet (écoute en ligne, archivage des émissions, baladodiffusion) ont déjà transformé les modes de réception de la radio, les gens ont donc modifié leurs habitudes d'écoute, mais peu de producteurs ont changé leur façon de faire de la radio. C'est surtout que pas grand monde ne le leur demande, en particulier au sein des radios traditionnelles. Il n'y a que les nouveaux venus (nouveaux producteurs et nouvelles radios) qui pensent et font différemment. Par exemple, le format long n'est plus le seul possible. Les formats courts sont devenus appropriés pour des moments d'écoute plus segmentés. Le découpage en feuilleton ou en série est intéressant pour des types de narration telles les enquêtes par exemple, ou pour couvrir des sujets par différents approches ou points de vue. Aujourd'hui, n'importe quel programme radio peut devenir instantanément une pièce d'archive, alors faut-il continuer à faire de la radio comme si c'était toujours éphémère ?
Depuis que la radio est arrêtable, rembobinable,
réécoutable à la demande, depuis que chaque programme peut se matérialiser sous la forme d'un fichier audio individuel sur le disque dur de l'auditeur, il n'est pas faux de considérer les
programmes de plus en plus comme des œuvres et leurs producteurs comme des auteurs ou des artistes. Comme partout dans la société, la radio s'individualise. Les producteurs.trices travaillent
freelance, ils.elles pigent pour différentes stations, créent leurs propres espaces personnels sur le web et parfois diffusent eux.elles-mêmes leurs productions. Ce sont des sociaux
net-workers. Un jour auditrices ou auditeurs, le lendemain professionnel.les. Dans leurs œuvres, la première personne s'affirme. À l'avenir, ils.elles devraient exiger davantage de droits et
de liberté de création.
Ajouter de l'image et de l'hypertexte au son ne réinventera pas la radio. Mais plus important encore, il faut espérer que les producteurs auront toujours le choix de se concentrer sur leur travail sonore plutôt que de perdre du temps à prendre (ou se soumettre à) de mauvaises images simplement parce que leur employeur l'exige. Bien sûr, un programme radiophonique peut être approfondi par d'autres documents, mais cela doit être fait avec les compétences adéquates et en laissant le son au centre. Ou bien ce n'est plus de la radio. Mais quel intérêt les radios auraient-elles à devenir totalement multimédia ? Elles risqueraient surtout d'échouer face à une concurrence plus habile.
Par conséquent, il faut espérer que la radio jouera la carte de l'amélioration de la qualité sonore. Pas la qualité d'écoute (pas seulement), mais la qualité de l'écriture sonore. N'est-ce pas la spécificité du savoir-faire radiophonique ? Bien sûr, comme tout le monde sur internet est multimédia, les radios veulent de l'image et du texte sur leurs sites et leurs applications web. Mais n'est-ce pas absurde qu'un internaute ne tente pas l'écoute d'un programme simplement parce que l'illustration ou les quelques lignes de présentation ne sont pas assez attrayantes ? Alors probablement que les radios devraient trouver de nouvelles façons de mettre le son en avant (ce qui demande à maîtriser le puissant pouvoir de diversion de l'image), guider l'internaute vers l'écoute, créer de nouveaux canaux audio en quelque sorte. Et ~ encore une fois ~ faire confiance au son. Si les radios donnent à l'auditeur accès à de l'image et du texte, alors elles peuvent libérer le son de toute information inutile. Autrement dit, changer le contenu plutôt que le média.
Ou bien serait-ce déjà trop tard ? Ce désir de média spécifiquement sonore est-il totalement obsolète, datant d'un temps révolu où il ne l'était que par défaut ? Ne faut-il déjà plus attendre cela des radios traditionnelles qui, en concurrence avec les autres médias (télévision, presse écrite), jouent à l'apprenti sorcier multimédia ?
Qu'est-ce que l'OuRaPo ? C'est l'Ouvroir de Radiophonie Potentielle, une invention sonore, intelligente et ludique, bref essentielle. Née du côté d'Arte Radio, elle a essaimé depuis, notamment au sein des feus Passagers de la Nuit. Le principal instigateur de ce bel ouvrage, Thomas Baumgartner, vient d'être invité par son compagnon de jeu Christophe Rault, aujourd'hui membre actif de l'équipe de l'Atelier de création sonore radiophonique à Bruxelles. Ils y animeront tous deux un stage ourapien, sur deux week-ends, les 7-8-9 et 15-16-17 octobre. Inscrivez-vous avant le 21 septembre.
Lire aussi sur Syntone : Georges Perec et la radio, par Marie James.
Déçus ou non du désintérêt de Syntone pour la rentrée radio (cf. notre non-édito), zappez sans crainte sur Radio Fañch. Dès ce soir 18h, Fañch Langoët, l'auteur de ce nouveau blog critique, commencera un bulletin d'écoute quotidien, inspiré par ou en décalage de l'actualité des radios. Certains internautes les plus assidus reconnaîtront un feuilleton publié il y a quelques mois sur le forum Regards sur France Culture. Pour le coup, le feuilleton sera réactualisé et remanié sur ce blog spécialement consacré que Fañch a lancé et testé pendant l'été. Écoute aiguisée, plume aguerrie, avec Radio Fañch on se sent moins seul dans la blogosphère radiomaniaque ! Et si vous souhaitez découvrir un peu plus le personnage, c'est dans l'avant-dernière Mythologie de Poche de Thomas Baumgartner qu'il dévoila quelques étoiles de sa constellation radiophonique.
Cette rentrée est différente. Les années précédentes, nous étions tout excités à l'idée de vous présenter avant l'heure les petites révolutions à venir des grilles de radio, notamment celle de France Culture. Cette fois, il faut bien le dire, peu d'enthousiasme, pas envie de jouer le jeu. Nous savions que le nouveau directeur manquait d'audace pour choisir les titres d'émission (Les Ateliers du son, les Ateliers de la création…), mais on nous répétait qu'il avait beaucoup d'ambition pour sa chaîne. En réalité, on ignore si cette ambition a pour objectif de faire de la bonne radio ou bien de servir de tremplin politique. Pour autant, la qualité d'une antenne tenant moins à son manager qu'aux nombreuses personnes qui en sont les artisans quotidiens, nous ne préjugerons donc de rien. Just wait… and hear.
Rassurez-vous, pour Syntone nous avons bien d'autres choses sur le feu. La rentrée est souvent l'occasion de tout oublier en prétendant tout réinventer. Alors nous aimerions remettre en avant les nombreux contenus de qualité qui ont marqué l'année écoulée, trop vite recouverts par le flux des actualités.
• Pas moins de trois dossiers “historiques” : Pierre Schaeffer et l'art radiophonique par Andrea Cohen, Hörspiel ou face... à l'art radiophonique de Luc Ferrari par Philippe Baudouin et Etienne Noiseau et Trois manifestes pour penser et faire la radio avec des traductions de Samuel Ripault et Olivier Féraud.
• Des articles qui nous ont fait voyager hors de la francophonie : El radioarte... en Espagne et en Amérique latine par Laura Romero, Bruxelles se prononce tout aussi bien Brussel par E. N.
• Des réflexions problématisées sur le passage au numérique : Les radios associatives au cœur de la numérisation du média par Julie Heurtel, Qu'est-ce que la radiophonie aujourd'hui ? par E.N. et Brouillages ~ Les territoires de l'analogique au numérique par Samuel Ripault.
• Des entretiens, avec le compositeur Alessandro Bosetti par Anna Raimondo, avec l'Encyclopédie de la Parole par Céline Develay-Mazurelle.
• Et bien sûr des chroniques... de créations : Kirkjubæjarklaustur par Juliette Volcler, Ekina Degull par Pascal Mouneyres, Maudit
permis par E. N. ; d'émissions : les deux nuits-sujets Owni/Nova par Clément Baudet et la Journée de la Création Radiophonique par E.N. ; d'une installation : Stimuline par E. N. ; d'un ouvrage : Transmission Arts: Artists & Airwaves par E. N.
; et même d'un film : Le discours d'un
roi par Pascal Mouneyres.
Pour finir, nous tirerons encore notre chapeau aux participants de l'appel à projet Images radiophoniques, dont la publication s'est terminée cet été. Merci encore à Nicolas Anglade / Black Sifichi / Antoine Blanquart / Gwendoline Blosse / Vincent Bonnet / David Bouvard / Irvic D'Olivier / Annaïck Domergue / Elmut / Jacques Foschia / Yann Kerveno / Lénon / Mickael Meunier / Etienne Noiseau / Nylso / Carmen Palumbo / Archives Panik / Rachel Renault / François Ripoche / Géraldine Stringer / Noémi Thepot / Christine Van Acker par Michel Hanique et Thierry Van Roy / Jean-Philippe Velu / Sarah Washington / Marcel Xhaufflaire. (Re)découvrez leurs créations en visionnant le diaporama ci-dessous. Conseil : adoptez le mode plein écran. Bonne rentrée à vous !
It has to be done! Voici enfin un ouvrage qui entreprend de dresser une chronologie d'œuvres et d'artistes dans le champ de l'art radiophonique, et plus généralement dans celui des “arts de la transmission”. Sous ce vocable encore peu consacré, l'organisation new-yorkaise free103point9 désigne un ensemble de pratiques artistiques qui utilisent le spectre électromagnétique. Depuis quinze ans cette année, elle se fait un devoir de les cultiver et les promouvoir (cf. notre entretien de juin 2009 avec son directeur, Tom Roe).
C'est donc sous l'égide de free103point9 et la plume de Galen Joseph-Hunter avec Penny Duff et Maria Papadomanolaki, qu'est né Transmission Arts: Artists & Airwaves. L'approche est encyclopédique et de simple facture. Au regard d'une ligne chronologique 1921-2010, une sélection de 150 artistes (et 150 œuvres) y est présentée comme autant de facettes de l'“imagination sans-fil”.
Si la (redoutable) classification des artistes en quatre sections ~ 1. Performance and Composition, 2. Installation, 3. Broadcast: Radio and Television et 4. Public Works, Interactive Networks and Tools ~ est pour certains parfois contestable, l'ouvrage possède la qualité de son défaut : sa non-exhaustivité inévitable ~ il présente essentiellement le point de vue nord-américain ~ est en contrepartie une invitation à découvrir tous ces artistes que l'on ignore en Europe. Et si nous souhaitions en savoir plus et voir s'adjoindre d'autres noms, c'était le but. Plus qu'un livre définitif, Transmission Arts: Artists & Airwaves est un projet : une archive en ligne complètera prochainement le livre afin d'ajouter au texte des sons et des images, et développer le répertoire, en direct. En attendant, on peut commander l'ouvrage par exemple ici.
Comme série à ne pas rater cet été, nous avons bien sûr déjà parlé des Mythologies de poche de la radio de Thomas Baumgartner chaque jour sur France Culture (6h et 20h). Si l'émission du 3 août consacrée à Alain Trutat nous aura décidément laissé sur notre faim comme à chaque fois que l'on évoque le réalisateur talentueux, dirigeant atypique et fondateur de l'Atelier de Création Radiophonique, celle du 5 août avec Jean Lebrun, grand activateur de la parole à France Culture (Culture Matin, Pot au feu, Travaux publics...) et actuel historien en chef de France Inter (La Marche de l'Histoire), nous aura tenu en haleine une heure durant, tant cette joute malicieusement entretenue par le vieux “seigneur” (dixit Radio Fañch) fut tendue et riche en confessions.
Autre série qui vaut le coup d'oreille, c'est cette fois sur France Inter Jusqu'au bout des voix, le dimanche de 21h à 22h. Chaque semaine, Caroline Ostermann ouvre un nouveau questionnement sur la voix à travers un thème différent : le cinéma, la chanson, la parole du XVIIIème siècle, etc.
Et puis, il y aura des one-shot à ne pas manquer, de nouveau sur Culture. Le 14 août à 20h30, Merryl Moneghetti et Pascale Rayet exploreront pendant une heure trente le sens de l'ouïe et l'univers des sons dans L'oreille cachée. Quelques jours plus tard, Maryvonne de Saint-Pulgent discutera de la bataille culturelle des radios libres avec de nombreux invités lors d'une Grande traversée le 20 août à 11h, tel que nous l'apprenons sur le blog de l'universitaire Thierry Lefebvre. Enfin, pour boucler la boucle, notons que le numéro de la Marche de l'Histoire où Jean Lebrun avait invité ce dernier à parler du même sujet a été rediffusée le 5 août et est toujours podcastable. Décidément, ce mois d'août est particulièrement métaradiophonique.
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• 13-17 février : Création radiophonique, avec Mehdi Ahoudig • Nantes ~ formation [web]
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• 1er mars : participation “120 hours for John Cage” (free103point9) ~ appel à créations [web]
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• 12-13 avril + 9-11 juillet : Création radiophonique, avec Mehdi Ahoudig • Nantes ~ formation [web]
• 28 avril-5 mai : Se former au documentaire sonore avec K. Mortley et M. Ahoudig • Arles ~ formation [web]
• 2-13 mai : Sonor • Nantes ~ festival
• 15 mai : participation festival Les Radiophonies ~ appel à créations [web]
• 21-28 juillet : Se former au documentaire sonore avec K. Mortley et M. Ahoudig • Arles ~ formation [web]
• 15 septembre : Brouillon d'un rêve sonore (Scam) ~ bourse, appel à projets [web]
• 27 octobre-3 novembre : Se former au documentaire sonore avec K. Mortley et M. Ahoudig • Arles ~ formation [web]
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